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Art contemporain à Berlin

Hamburger Bahnhof - Museum für Gegenwart

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«Beuys. Die Revolution sind wir»

Hamburger Bahnhof - Museum für Gegenwart - Berlin
3 Octobre 2008 - 25 Janvier 2009



« Autour de Beuys »

par Julien Konne

Les travaux de Joseph Beuys laissent pantois ou dérangent quelquefois ; ils questionnent, provoquent souvent une forme d’incompréhension de la part du spectateur, comme une impression de mystère, quelque chose d’inatteignable.

On a souvent tendance à rallier l’histoire personnelle de l’artiste à son oeuvre, notamment cet épisode personnel majeur : pilote de la Luftwaffe sur le front russe pendant la seconde guerre mondiale, il s'écrase en Crimée. Recueilli par des nomades tatares qui lui donnent du miel en guise de nourriture, il revient à la vie, recouvert de graisse et enroulé dans des couvertures de feutre. On considère cet évènement comme le point de départ du travail artistique de Joseph Beuys, et on justifie souvent l’utilisation des matériaux de l’artiste (feutre, graisse, etc.) par cet épisode.
Finalement, cet événement est il si déterminant dans l’œuvre de Joseph Beuys ? Ne peut on pas appréhender ses travaux artistiques de manière innocente, lavée de tout présupposé ? Ne serait ce pas plus appréciable ?

L’exposition actuelle de Joseph Beuys à Hamburger Bahnhof à Berlin offre une importante collection, sous l’appellation de « rétrospective » .Elle invite le spectateur à s’immerger dans l’œuvre de Joseph Beuys, à cerner le personnage, à dater, à annexer, surtout à impressionner à travers une présentation gargantuesque : une invasion d’objets.

On visite Beuys, on se meut dans Beuys. En premier lieu, on arrive dans un hall principal complètement saturé de sculptures, d’installations, d’affiches, de vidéos : il y en a trop ! L’ensemble prend la forme d’un ramassis géant. En plus, les sculptures, les installations sont indexées par différents objets (personnels de l’artiste : livres, carnets, notes, etc.), reliés à de textes explicatifs rédigés spécialement pour l’occasion. Toute l’exposition est organisée de la sorte : on trouve trop souvent des vidéos ou des bandes sons illustratives, des vitrines d’objets spécialement mises en place ; ce qui prête à confusion avec les vitrines ou étagères que Joseph Beuys utilise lui même dans ses travaux. Ce mode d’exposition illustratif et explicatif semble gâcher, ou rendre confus les travaux de Joseph Beuys eux-mêmes. Tous les éléments exposés dans la partie centrale, dont ces ajouts biographiques se touchent, se jouxtent, se rejoignent : comme une redondance peu fine dans la présentation de l’exposition ; pour l’artiste qui s’appliquait a mettre en relation différents matériaux, à les joindre, à les faire se toucher dans un but de transformation, de bouleversement.

Le fait est que ce mode d’exposition permet difficilement d’ouvrir des portes au spectateur, de le faire avancer, de transformer son point de vue sur l’œuvre de Beuys ; au contraire cette mise en espace rétracte, et amoindrit les chances d’une compréhension de l’oeuvre de l’artiste par un souci explicatif trop évident. Cette partie centrale de l’exposition s’apparente à une grande salle de classe, où les travaux de l’artiste subissent un traitement pédagogique, sous la forme générale d’un bazar cafouilleux.

L’exposition est séparée en plusieurs parties dans un même musée, comme si il était possible de séparer l’oeuvre de Beuys. Dans ce cas, n’aurait il pas été plus préférable, plus vivable d’organiser l’exposition dans différents endroits de la ville? Au lieu d’un espace unitaire, mais partagé.

Peu connu, le projet de sculpture de Joseph Beuys pour le mémorial d’Auschwitz Birkenau est un bon exemple de ce manque de mise en valeur. Ses dessins préparatifs se retrouvent coincés parmi d’autres travaux aux alentours, contre un mur difficilement repérable, après un tel parcours semé d’embûches. Ce projet particulier aurait mérité davantage d’ampleur, de mise en valeur dans sa présentation, étant donné le processus, le symbole et la monumentalité du projet.

Une réussite ou deux : on baigne avec plaisir et quiétude dans la galerie de dessins (titrée « The secret block for a secret person in Ireland ») : aquarelles, lavis, traits plus marqués ou incisifs forment un tout harmonieux, gracieux .On pourrait rester des heures à contempler, regarder en détails les oeuvres graphiques de Joseph Beuys. La mise en exposition donne envie de circuler à travers les dessins, de scruter les détails, les analyser, les retrouver ensuite dans une esquisse à l’autre bout de la pièce. Cette présentation opère des passages et accointances entre les œuvres mises en place, elle rend le spectateur curieux et dynamique, tout en l’apaisant.

Une autre réussite est à noter dans la mise en espace de « Palazzo Regale », une des dernières œuvres de Joseph Beuys, présentée ici comme à l’origine en 1985. L’installation s’abrite sous un haut parallélépipède fermé, en béton blanc au sein du hall central. Enfin nous respirons, et pouvons apprécier l’œuvre sans parasites explicatifs à l’entour. Sept panneaux dorés sont accrochés au mur, au centre une vitrine présente une veste de fourrure allongée, surmontée d’une tête en fonte, un coquillage au niveau des pieds, deux cymbales posées contre le verre ; plus loin contre un mur une autre vitrine recueille un sac à dos, une feuille de papier, un rouleau, des pinces, deux objets ficelés ressemblant à des membres humains. Le spectateur ressent une énergie particulière : tous ces objets forment une cohésion, et réagissent bien ensemble sous l’impact solaire des panneaux dorés. Enfin, une des oeuvres de Joseph Beuys semble ici requérir de toute son authenticité, et opérer une réaction énergique sur son spectateur.


L’œuvre de Joseph Beuys reste complexe –toujours à la suite de cette rétrospective. Pourquoi vouloir l’organiser à travers une exposition géante? Il semble difficile de la cadrer (ou de la recadrer), de l’annexer dans un même lieu, de la thématiser en plusieurs parties. L’œuvre de Joseph Beuys se propage, s’étend, elle agit outre des formalités d’exposition : elle n’a pas besoin d’être annexée, indexée, institutionnalisée. Elle est forte dans sa matérialité même, mérite d’exister pleinement dans l’immédiat : dans son ici, et son maintenant. La présente rétrospective à Hamburger Bahnhof alourdit l’œuvre de Joseph Beuys, elle l’endommage en tentant de neutraliser une certaine réticence du spectateur face aux travaux de l’artiste, l’impression étrange que nous avons face à ses oeuvres. On retrouve difficilement la fragilité, la finesse qui caractérise le travail de Joseph Beuys dans ce mode d’exposition qui mériterait plus d’ampleur, moins d’objets, moins d’explications et d’anecdotes.

© Julien Konne, 2008



 

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